Une nouvelle étude révèle que, si la carpe commune est particulièrement vulnérable à un virus dévastateur, plusieurs espèces proches contribuent au contraire à limiter sa propagation — une découverte encourageante pour les pisciculteurs et les écosystèmes d’eau douce.
Pour de nombreuses familles israéliennes, difficile d’imaginer une table de Roch Hachana sans carpe. Servie sous forme de traditionnel gefilte fish ou dans d’autres plats de fête, elle symbolise depuis longtemps l’abondance et la prospérité pour l’année à venir.
Mais pour les éleveurs de carpes du monde entier, ce poisson emblématique est confronté à une menace sérieuse.
L’herpèsvirus de la carpe koï (CyHV-3) est l’une des maladies les plus dévastatrices de l’élevage de carpes. Il peut décimer des populations entières en quelques jours, entraînant d’importantes pertes économiques et des conséquences durables pour les populations de poissons sauvages.
À l’approche du Nouvel An juif, des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem et de Michigan State University apportent toutefois une bonne nouvelle : si la carpe commune est très vulnérable au virus, plusieurs espèces qui lui sont proches semblent capables d’en limiter fortement la propagation.
L’étude montre que les poissons rouges, les carpes herbivores, argentées et noires sont rarement infectés naturellement. Même lorsqu’ils sont volontairement exposés au virus en laboratoire, ils l’éliminent rapidement et sont beaucoup moins susceptibles de le transmettre.
« Comme ces poissons vivent souvent aux côtés des carpes communes dans les étangs et les lacs, nous craignions qu’ils puissent agir comme des porteurs silencieux du virus », explique le Prof. Lior David de l’Université hébraïque de Jérusalem, auteur principal de l’étude. « Nos résultats montrent que, même s’ils peuvent occasionnellement être infectés, ils transmettent en réalité très peu la maladie. »
Pour reproduire les conditions naturelles de contamination, les chercheurs ont placé des poissons sains dans des bassins avec des carpes communes infectées. Alors que le virus s’est propagé rapidement parmi les carpes communes, seule une faible proportion des autres espèces a été contaminée et presque aucune n’est tombée malade.
Les chercheurs ont ensuite injecté directement le virus aux poissons afin de contourner leurs défenses naturelles. Là encore, les différences étaient frappantes : contrairement aux carpes communes, qui développaient une forme sévère de la maladie, les autres espèces éliminaient rapidement le virus et présentaient peu de symptômes.
Restait une question essentielle : ces poissons apparemment sains pouvaient-ils retransmettre le virus aux carpes communes ?
Oui, mais très difficilement.
Comparées aux carpes communes infectées, ces autres espèces transmettent beaucoup moins efficacement le virus. Les scientifiques les qualifient ainsi d’« hôtes porteurs peu efficaces », ce qui signifie qu’elles sont peu susceptibles d’être à l’origine d’épidémies importantes.
Cette découverte est particulièrement importante car la carpe commune, la carpe herbivore et la carpe argentée figurent parmi les poissons d’élevage les plus importants au monde, nourrissant des milliards de personnes et jouant un rôle majeur dans l’aquaculture en Asie, en Europe et au Moyen-Orient.
« Le risque principal reste lié aux carpes communes infectées elles-mêmes », souligne le Prof. David. « Nos résultats suggèrent que la présence de ces autres espèces de carpes ne constitue probablement pas la principale cause des épidémies. »
À l’heure où les familles se réunissent autour des tables de Roch Hachana, cette étude rappelle que la protection de l’un des plus anciens poissons d’élevage au monde passe non seulement par une meilleure compréhension du virus, mais aussi par celle des mécanismes qui permettent à certaines espèces proches de mieux lui résister.
Publication scientifique :
Batya Dorfman et al. (2026), Differences in CyHV-3 infection and infectivity among common carp and Asian carp species, Aquaculture, 625, article 744303.

