Briller dans les Heures les Plus Sombres
Le magazine annuel de l’Université hébraïque de Jérusalem, Scopus, est bien plus qu’une publication institutionnelle. C’est le reflet vivant d’une communauté universitaire qui, même frappée de plein fouet par la tragédie, a continué d’enseigner, de chercher, de soigner et d’espérer. Le numéro 2024-2025, intitulé A Year of Loss, Sorrow, and Hope, témoigne avec une rare intensité de ce que l’Université hébraïque de Jérusalem représente pour Israël et pour le monde.
Une année pas comme les autres
En temps ordinaire, Scopus raconte les avancées scientifiques, les portraits d’étudiants brillants, les découvertes qui changent des vies. Cette année, il fallait d’abord regarder la réalité en face.
L’attaque terroriste du 7 octobre 2023 a bouleversé chaque aspect de la vie en Israël. Le Hamas a violé les frontières du pays, infiltré des kibboutzim et des villes, commis des crimes d’une barbarie inouïe contre des civils innocents, et pris en otage plus de deux cents personnes. Deux membres de la communauté de l’Université hébraïque figuraient parmi elles : Carmel Gat, étudiante en ergothérapie, enlevée du kibboutz Be’eri depuis la maison de ses parents, puis assassinée en captivité et inhumée en septembre 2024 ; et Sagui Dekel-Chen, fils du professeur Jonathan Dekel-Chen, libéré le 15 février 2025 après 498 jours de détention à Gaza, accueilli par sa famille dont une fille née pendant sa captivité, prénommée Shahar — « Aube » en hébreu.
À ces drames personnels s’est ajoutée la mobilisation militaire la plus massive de l’histoire récente d’Israël. Des centaines d’étudiants ont été rappelés sous les drapeaux. L’ouverture de l’année universitaire a été décalée de onze semaines. Plus de deux cents étudiants ont été déplacés de leurs foyers. Et pourtant, l’Université hébraïque n’a pas fermé. Elle s’est réinventée.
We Are One : une communauté mondiale au chevet de ses étudiants
Face à cette situation inédite, l’Université a lancé la campagne « We Are One », soutenue par les associations d’amis de l’UHJ à travers le monde, dont UHJ-France. Grâce à cette mobilisation internationale, le Bureau du Doyen des étudiants a pu déployer un dispositif d’aide exceptionnel :
Des assistants pédagogiques ont été mis à la disposition des réservistes et des personnes déplacées, avec accès à des cours en ligne, des tuteurs individuels et des aménagements de programme. Des sessions de soutien psychologique subventionnées ont été ouvertes — jusqu’à trente séances pour les étudiants-réservistes, dix à quinze pour leurs proches. Une unité d’accessibilité renforcée a proposé des solutions sur mesure pour les situations fragilisées par la guerre. Des bourses d’urgence ont été accordées, et des crédits académiques attribués aux étudiants engagés dans le bénévolat civil à Jérusalem.
Des étudiants témoignent dans ces pages. Natasha King, en deuxième année de sciences végétales, a coordonné les opérations militaires autour de son kibboutz Be’eri tout en poursuivant ses études grâce aux aménagements de l’Université. Ohad Bahalul, de la brigade d’infanterie Carmeli, a bénéficié d’un « semestre fantôme » lui permettant de rattraper les cours du premier semestre pendant le second. May Goren, étudiante en médecine dentaire, enchaînait quatre gardes de douze heures par semaine au côté des familles endeuillées tout en continuant ses études.
L’expertise au service de la nation
Ce numéro de Scopus montre comment l’Université hébraïque, au lieu de se replier sur elle-même, a mis son savoir au service immédiat d’Israël et de sa société. Les pages « Community Impact » en témoignent avec force.
Soigner les enfants otages. La professeure Carmit Katz, de l’École de travail social Paul Baerwald et directrice de l’Institut Harouv, a travaillé en marathon de 48 heures avec le ministère du Bien-être social pour concevoir le protocole d’accueil des enfants libérés de captivité. Les soldats israéliens à la frontière, les thérapeutes, les familles — tous ont été formés à ses recommandations. Le Dr Fortunato Benarroch, expert en traumatisme pédiatrique à la Faculté de médecine, a quant à lui formé en cascade des centaines de thérapeutes, enseignants et travailleurs sociaux à travers tout le pays.
Sauver les entreprises. Le professeur Renana Peres de la Business School a lancé HUBS-Aid, connectant 120 étudiants en MBA, 40 mentors issus de grandes entreprises et 80 petites entreprises israéliennes durement touchées par la guerre. La famille Hasson, producteurs de dattes de qualité supérieure dans la vallée du Jourdain, a ainsi pu écouler sa récolte annuelle grâce à des stratégies commerciales élaborées avec les étudiants — dont des paniers-cadeaux vendus à la Banque d’Israël, à Keter Plastics et à Bank Mizrahi-Tefahot.
Défendre les otages en droit international. Le Centre d’éducation juridique clinique (CLEC) de la Faculté de droit, et notamment la Clinique internationale des droits de l’homme, a déposé des recours auprès de groupes de travail des Nations unies dès le 14 octobre 2023 — une semaine seulement après l’attaque. Des étudiants en droit, dont certains suivaient leurs cours depuis Londres, ont rédigé des communications individuelles pour treize familles d’otages, établissant le fondement juridique de leurs demandes devant les instances humanitaires internationales.
Soigner les dents des déplacés. Trente et un étudiants de cinquième et sixième année de médecine dentaire ont visité vingt-trois hôtels à travers Israël, soignant 438 patients de 5 à 85 ans, dispensant treize ateliers d’hygiène bucco-dentaire pour enfants déplacés, grâce à deux cliniques mobiles financées par des dons.
L’espoir, même là
Ce numéro de Scopus n’est pas seulement un témoignage de souffrance. C’est aussi, profondément, un manifeste pour l’espoir.
Le Dr Oded Adomi Leshem, chercheur en psychologie politique, y développe sa théorie bi-dimensionnelle de l’espoir — distinguant le souhait de l’attente — et montre pourquoi les universités sont précisément les lieux où l’espoir se construit : parce qu’elles servent les citoyens, pas les gouvernements, et qu’elles investissent dans l’avenir.
Sur le toit du bâtiment Rabin du mont Scopus, 44 étudiants — moitié juifs israéliens, moitié Palestiniens israéliens et Palestiniens de Jérusalem-Est — ont planté ensemble un jardin partagé, HaGag/Satekh, dans le cadre d’un cours interdisciplinaire sur les espaces inclusifs en temps de guerre. Un ensemble musical interculturel réunit guitariste, joueur de oud, clarinettiste, chanteuse d’église — Israéliens et Arabes — qui jouent ensemble sur les campus.
La recherche continue, la science avance
Parmi les pages scientifiques de ce numéro, on découvre les travaux du professeur Yossi Paltiel sur la chiralité des molécules et ses applications potentielles en pharmacologie et en stockage d’énergie ; ceux du professeur Yossi Tam sur les cannabinoïdes endogènes et un nouveau médicament prometteur contre l’obésité et le diabète ; ou encore ceux du professeur Ronen Hazan, dont la Phage Therapy Lab — utilisant des virus pour cibler des bactéries résistantes aux antibiotiques — a permis de traiter plus de trente patients en situation critique, avec un taux de succès remarquable.
UHJ-France aux côtés de l’Université
Fidèle à ses presque soixante-dix ans d’engagement, UHJ-France a répondu présent dès les premières heures. L’association a contribué au financement du Centre national pour l’innovation en résilience, trauma et santé mentale des enfants et de leurs familles, créé début 2024 par le professeur Asher Ben-Arieh pour traiter les traumatismes post-7 octobre — une enveloppe de 300 000 € couverte intégralement dès la première année. Elle soutient également depuis plusieurs années le Centre ELSC pour les sciences du cerveau, le laboratoire ABSL3 de biosécurité de niveau 3, et l’ensemble des projets qui font de l’Université hébraïque une institution au service de l’humanité.
Scopus est publié annuellement par la Division pour l’Avancement et les Relations Extérieures de l’Université hébraïque de Jérusalem. Ce numéro, volume 69, couvre l’année académique 2024-2025. Pour soutenir les étudiants et chercheurs de l’UHJ, contactez UHJ-France.
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