Prévenir l’épuisement parental pendant un déploiement militaire constitue un facteur déterminant de la résilience des enfants, selon une nouvelle étude publiée dans Psychiatry Research par des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem (HU). Alors que la guerre avec l’Iran s’intensifie et devient l’un des conflits militaires les plus marquants, les familles de militaires font face à un niveau de stress et d’incertitude sans précédent.
L’étude montre que le déploiement militaire agit comme un amplificateur. Lorsque le parent resté au foyer parvient à rester émotionnellement disponible, les enfants présentent généralement une adaptation relativement positive malgré le stress ambiant. En revanche, lorsque ce parent atteint un point de rupture — se sentant épuisé, émotionnellement distant ou totalement accablé par les exigences constantes de la parentalité en temps de guerre — les difficultés comportementales et émotionnelles des enfants ont tendance à augmenter fortement.
Menée par le Dr Mor Keleynikov et la Professeure Dana Lassri de l’Université hébraïque, en collaboration avec la Professeure Noga Cohen et la Dr Joy Benatov de l’Université de Haïfa, ainsi que la Professeure Reuma Gadassi-Polack de l’Université Bar-Ilan, l’étude met en évidence l’épuisement parental comme un facteur central reliant le stress lié au déploiement d’un partenaire à la santé mentale des enfants. Comme l’explique le Dr Keleynikov : « L’épuisement parental apparaît comme un facteur clé, agissant comme un pont entre la pression du déploiement et le bien-être des enfants. »
Cette étude longitudinale, lancée à la suite du déclenchement de la guerre Israël-Hamas le 7 octobre 2023, a suivi des parents durant les sept premiers mois du conflit. Elle montre que les troubles du comportement des enfants sont fortement liés à l’épuisement parental du parent présent au foyer, que l’autre parent soit déployé ou non. Si les mères dont le partenaire était déployé ont initialement signalé un niveau d’épuisement plus élevé, leur état s’est stabilisé au fil du temps, probablement grâce à des dispositifs de soutien ciblés. À l’inverse, les mères dont le partenaire est resté au foyer ont vu leur niveau d’épuisement augmenter à mesure que le conflit se prolongeait.
Les résultats suggèrent que préserver la résilience des enfants dans un contexte de conflit à grande échelle, comme la guerre avec l’Iran, nécessite de renforcer les ressources émotionnelles et le soutien externe des aidants principaux, afin d’éviter un épuisement qui affecte négativement le bien-être familial.
Pour mieux comprendre ces dynamiques familiales, les chercheurs ont étudié en profondeur la situation de 123 mères israéliennes pendant la guerre.
Plutôt que de se limiter à une observation ponctuelle, les chercheurs ont interrogé ces mères à deux reprises : au début du conflit puis six mois plus tard, afin d’analyser l’évolution du stress dans le temps. L’échantillon représentait une diversité de situations familiales, avec environ 28 % des participantes ayant un partenaire mobilisé en service actif. Afin d’évaluer le bien-être des enfants, les parents ont répondu à des questionnaires détaillés portant notamment sur des signes d’agressivité, d’anxiété ou de symptômes physiques tels que des maux de ventre inexpliqués.
En comparant les mères dont le partenaire était déployé à celles dont le partenaire restait au foyer, les chercheurs ont pu isoler l’effet de la « double contrainte » du conflit et de la séparation sur la dynamique familiale.
L’une des découvertes les plus surprenantes concerne l’évolution du niveau d’épuisement. Si les mères de partenaires déployés présentaient initialement un niveau élevé d’épuisement parental, celui-ci est resté relativement stable. En revanche, les mères dont le partenaire n’était pas déployé ont vu leur épuisement augmenter à mesure que la guerre se prolongeait.
Les chercheurs avancent une explication possible : le « soutien ciblé ». Alors que les familles de militaires bénéficiaient d’aides spécifiques (remboursement de frais de garde, soutien psychologique), les familles civiles ont souvent dû faire face seules à cette « nouvelle normalité » en temps de guerre, sans filet de sécurité équivalent.
Le message pour le grand public est clair : élever des enfants en période de crise s’apparente à un « sport d’endurance ». Lorsque les parents sont émotionnellement épuisés, leur capacité à protéger et soutenir leurs enfants diminue. L’étude souligne que soutenir la santé mentale des parents n’est pas un luxe, mais le moyen le plus efficace de préserver la génération suivante.
Comme le concluent les chercheurs, les programmes de soutien doivent viser à aider les parents à retrouver un équilibre, en leur donnant les ressources nécessaires pour rester présents auprès de leurs enfants, même lorsque le monde extérieur est en crise.
L’article intitulé « Associations over time between wartime deployment, parental burnout and child adjustment » est désormais disponible dans Psychiatry Research.
Chercheurs :
Mor Keleynikov¹², Dana Lassri², Joy Benatov¹³, Noga Cohen¹³, Reuma Gadassi-Polack⁴⁵⁶
Institutions :
- Département d’éducation spécialisée, Faculté d’éducation, Université de Haïfa
- École de travail social et de protection sociale Paul Baerwald, Université hébraïque de Jérusalem, Jérusalem, Israël
- Centre Edmond J. Safra pour l’étude des troubles de l’apprentissage, Université de Haïfa
- Faculté d’éducation et Centre multidisciplinaire de recherche sur le cerveau Gonda, Université Bar-Ilan, Israël
- Child Study Center, Université Yale
- Département de psychiatrie, Centre médical Tel Aviv Sourasky, Israël
Cette recherche a été soutenue par l’Université de Haïfa et l’Institut Mifrasim du Collège académique de Tel-Aviv Yaffo.

